Sunday, August 30, 2009


Complainte misogyne







J’adorais en ces temps là les rencontres abruptes,

Amours en pointillés, occultes et froids

Riches de confusions mais communs et faciles

Et pas chers nonobstant.

À la noce du soir, gigotent les revenants.

Comme je goûtais une nuit cristalline,

Un air de banjo gratté par un errant,

Dans un vague bistrot obscur et anonyme

Je fus soudain abordé par un joueur de canif.

Cet acteur arrogant à l’humeur ombrageuse

Suspectait que j’avais, dans quelque estaminet,

Séduit sa gironde aux côtes en ressort.

À la noce du soir, frétillent les revenants

J’avais il est vrai, la veille, fait rencontre

D’une catin maigre, banale et souffreteuse,

Avec qui je prévoyais entre deux bocks de brune,

Sur quelque banc public me frotter la prostate.

Mais souffrant, en ces temps, d’une libido morbide

Aggravée fortement par l’abus des alcools,

Mon désir impérieux d’un grand coït performant

Fut, malgré un branlant support psychologique,

Mis à mal, pitoyable et rendu finalement

Telle une pantomime ridicule, suspecte et molle.

À la noce du soir, s’agitent les revenants

Avalant donc ma bière, chiquant ma carotte,

Ecartant de ma dextre la lame de l’eustache

Et mirant dans les yeux l’improbable cocu,

Je répondis posément sur un ton rapsodique,

En prenant à partie le reste des buveurs,

Qu’elles n’existaient plus les rosières antiques,

Les nones, pénélopes et autres tue l’amour,

Que la plupart des dames, mantes libertines

Étaient des ventres troués, des vagins sans fonds

Et que pour jouir – ajoutais-je - tout seul de sa suave gironde,

Il était bon de lui passer collier dés qu’elle quittait les draps,

De ne plus la lâcher, de la tenir en laisse

Et de ne plus bon Dieu tourmenter les noceurs,

Et de ne plus bon Dieu tourmenter les noceurs.

Car honte et infamie dans le creux des alcôves :

À la noce du soir, dansent les revenants.

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